Les sept instructions des six causes et leurs effet

Bien que les grands maîtres du passé nous aient légué de nombreuses méthodes excellentes afin de développer bodhicitta, deux des plus connues sont :

  • La transformation de nos pensées par les sept instructions des six causes et leur effet ;
  • La transformation de l’esprit par l’échange de soi avec autrui.

I. L’équanimité : une attitude impartiale

La première méthode considère que pour faire émerger du plus profond de notre cœur une aspiration forte, un souhait puissant, et non pas vague ou superficiel, d’agir pour le bonheur de tous les êtres, il est tout d’abord essentiel de chérir de façon égale tous les êtres. Pour nous établir dans ce sentiment, il faut niveler toutes les inégalités de notre esprit. Pour l’instant, nous entretenons envers les êtres toutes sortes d’attitudes contradictoires et partisanes alors que semblables attitudes ne sont ni naturelles ni raisonnables. Et nous prétextons avoir de bonnes raisons de nourrir de telles attitudes, comme par exemple : “Cette personne m’a aidé, alors que cette autre personne m’a fait du mal. Il est donc normal que je ressente de la sympathie pour la première et de l’aversion pour la seconde.” C’est de cette manière que nous justifions habituellement nos préférences.

Cependant, de l’aide ou de la souffrance, tous les êtres nous en ont apportée de manière égale. Car il est certain que ceux qui à présent nous sont d’un grand soutien nous ont fait beaucoup de mal dans le passé, et que ceux qui sont maintenant source de souffrance nous ont aidés auparavant. Ressentir une forte sympathie pour une personne et une non moins forte aversion pour une autre, en se basant uniquement sur la situation présente, est une erreur totale. Puisque celui qui nous aide aujourd’hui nous a nuit hier, et que celui qui nous nuit aujourd’hui nous a aidé hier, la somme totale de bienfaits et de souffrances est la même. Les histoires du temps passé fourmillent d’exemples où celui qui fut à un moment notre plus funeste ennemi devient dans sa réincarnation suivante notre fils adoré, et ceux qui nous ont donné la vie, nos propres parents, renaissent ensuite dans le corps d’un chien ou d’un autre animal que nous maltraitons.

Les écritures disent :
Elle mange la chair de son propre père et maltraite sa propre mère, tandis qu’elle berce tendrement son ennemi juré dans ses bras. ”
L’histoire spécifique à laquelle se réfère ce verset est celle d’une veuve et de son fils.
La mère de cette femme était morte et avait pris renaissance dans le corps du chien de la maison. Son père aussi était mort et s’était réincarné dans celui d’un poisson nageant dans la rivière toute proche. Et le fils de cette veuve n’était autre que la réincarnation de l’ennemi qui, dans une vie antérieure, l’avait assassinée. Tenant tendrement ce fils dans ses bras, la femme était en train de manger la chair de son propre père devenu poisson parce qu’il avait été pêcheur dans une autre vie, tandis que le chien de la maison, qui avait été sa mère, se régalait des restes du poisson, son ancien mari. Mieux encore, la femme tourmentait et donnait constamment des coups de pied au chien, son ancienne mère, alors qu’elle berçait sur ses genoux son propre ennemi du passé. Quand, par ses pouvoirs de clairvoyance, le grand Arhat Sharipoutra eut la vision de cette famille, il déclara en riant :

Elle mange la chair de son propre père, insulte le chien, sa mère, tient tendrement dans ses bras son ennemi karmique tandis que sa mère rogne les os de son père. Pareils faits dans la roue de l’existence prêtent plutôt à rire.
Il est donc impossible de décider avec certitude qui est un ami et qui est un ennemi. En fait, les deux nous ont également aidé et nuit, et toute attitude partiale envers l’un ou l’autre est parfaitement injustifiée.
Comment appliquer tout ce qui précède dans la méditation ?

Visualisez trois personnes en face de vous : un ami, un ennemi et un étranger. Puis imaginez que l’ennemi, placé juste en face de vous, vous insulte et vous provoque. Si la personne en question est quelqu’un que vous considérez effectivement comme votre ennemi, votre esprit va faire l’expérience d’une certaine agitation qui se transformera en aversion et en haine. A présent, tournez-vous vers l’ami. Il est très aimable et vous flatte de paroles agréables, et immédiatement votre esprit s’en réjouit… Tout ce processus de visualisation et d’imagination provoque automatiquement un sentiment de rapprochement par rapport à l’ami, une pénible impression d’aversion envers l’ennemi et un sentiment d’indifférence complète envers l’étranger.

A ce moment-là, pensez : “Tout ceci est parfaitement ridicule ! Simplement à cause de quelques mots ou de quelques actions, je crée toute cette agitation dans mon esprit. Tout cela est complètement absurde.
Si maintenant nous échangeons les rôles, l’ennemi devenant l’ami et vice-versa, de nouveau nos sentiments changent en fonction de cette perspective différente. Et en pratiquant ainsi nous devrions réaliser que ces gens, en tant qu’amis, ennemis ou étrangers, sont sans essence aucune et ne justifient certainement pas tout ce remue-ménage de discrimination et de sentiments contradictoires. Nous commençons donc ainsi avec trois personnes, puis nous élargissons notre vision et entraînons notre esprit à se débarrasser du parti pris jusqu’à ce que nous soyons capables d’avoir une attitude égale envers tous les êtres.
Lorsque cet esprit d’équanimité est bien établi, nous pouvons passer à l’étape suivante qui consiste à considérer tous les êtres comme notre propre mère.